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Enquête exclusive, ou comment j’ai assisté à un vol à l’arraché dans le RER

| Rubrique Me, myself & aïe !

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Les faits divers, c’est comme les dahus : beaucoup en parlent, mais peu en ont vu. Mardi, j’étais au premier rang pour en voir un dans le RER E, un de ceux qui ne fera pas les gros titres des journaux mais qui ira grossir les statistiques de l’insécurité et le programme de Nicolas Sarkozy. Un de ceux qui donnera du relief aux inepties des commentateurs du Post et du Figaro. Un de ceux qui, si vous le racontez à un simple d’esprit, un vieux ou un électeur de droite, aura le même effet néfaste que si vous emmeniez un obèse dans un McDo où tout serait à 10 centimes.

L’action prend place en gare de Moisi-le-Sec, charmante bourgade séquano-dionysienne que Cyril Cinélu n’aurait jamais dû quitter, où La Caution a bu son premier Thé à la Menthe et dont la Mairie est le théâtre d’une bataille de chiffoniers digne d’une cour d’école spécialisée.

A l’inverse de beaucoup d’entre vous, avant de grimper dans le RER, j’attends patiemment qu’il dégobille tous ses passagers sur le quai. Laisser descendre avant de monter. Le respect, la politesse. Mais mardi, deux jeunes gaillards élancés en tenue de sport se tenaient dans l’encadrement de la porte en mode suricate, regardant successivement à gauche et à droite avec attention, comme s’ils risquaient d’être transformés en Paninis par un 33 tonnes en quittant la rame.

Bon, moi, j’suis poli et tout hein, mais, si on se met en travers de ma route, j’m’en bats la quatre fromages, je m’ouvre le chemin à la force de l’épaule. C’est précisément ce que j’ai dû faire là. J’aurais dû me douter de quelque chose parce qu’habituellement, quand tu bouscules ne serait-ce qu’imperceptiblement ce genre de gus, il dégoupille choupette illico, enchaînant les menaces à caractère homosexuelle (« j’t’encule sale pédé va ! »), les coups de pression ridicules (« Eh toi, reste mignon ») et l’énumération de tous les sévices qu’il ferait subir à ta maman si d’aventure il venait à se rencontrer. Mais là, rien de tout ça.

Railway to Hell, post-scriptum

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Dans ma dernière note sur le métro, y’a deux catégories d’usagers dont je n’avais pas parlé. On va réparer cette erreur de suite parce que figurez-vous que l’exhaustivité est une de mes névroses.

The Damned United est un super film mais là on ne parle pas de ça

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Exception faite des panneaux RATP qui extirpent chaque gare de son anonymat banlieusard, tout est gris sur le trajet du RER E. Gris clair, gris foncé, gris brun, gris-bleu… Même le fond d’écran de mon iPhone est Sasha Grey…

Passés les bureaux classy de la BNP à Pantin et le Sacré-Cœur qui se dresse en arrière-plan des usines et entrepôts qui suivent la gare du Nord, il ne reste rien pour égayer mon parcours ferroviaire jusqu’à Noisy-le-Sec hormis le bruit du crachin qui par intermittence vient fouetter les vitres.

Même pas un visage vaguement familier pour prétendre, tel un William Foster francilien, que « chaque putain de matin, je monte dans le même putain de wagon du même putain de RER avec les mêmes putain de zombies ». Il y a bien cette jeune nana juive sapée comme si elle allait à la yeshiva (j’ai d’ailleurs bien cru que c’est là qu’elle allait jusqu’à ce qu’on se télescope à la machine à café), mais elle est insipide.
[Tant qu’on y est, profitons de l’occasion pour tirer quelque chose au clair : on a le droit de mentionner que quelqu’un est juif ou c’est gênant ? Le fait de le relever fait-il de moi un espèce d’Hans Landa Noisy/Paris-Centre ? Non parce que je n’ai pas envie qu’on croit que je suis un antisémite, un nostalgique de l’étoile jaune ou un fan de Dieudo…
Si vous pensez que j’ai bravé la doxa, autant le dire de suite et je sors mes deux jokers : la copine juive du Christ et mon super pote Raphaël qui est presque Rabbi.]

Dans mes esgourdes le dernier Rihanna. Une version R’n’B/femme forte de Règlements de Comptes à OK Corral, mâtinée d’un fond de rock FM 80’s. J’aime totalement. Surtout Cold Case Love et le fait qu’elle ait invitée Slash et sa gratte sur Rockstar 101 .

Pour meubler un peu entre Pantin et Noisy, je peux vous la jouer flashback façon Lost et vous décrire succinctement la brève et lamentable tentative de drague à laquelle Chef et moi avons assisté dans le rere de vendredi dernier alors qu’on rentrait de la mine.

Railway to Hell

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Il paraîtrait que je me débrouille mieux en mode survie qu’en vie normale. Il n’empêche que je me surprends moi même de ma faculté d’adaptation. Par exemple je prenais aussi souvent le RER pour aller en banlieue que des méthamphétamines et aujourd’hui me voilà tous les matins à 8h29 au rendez-vous du rere E direction Chelles. Je ne calcule même pas trop en plus, ma vie n’est pas devenu un bouzin réglé comme du papier à musique où je dois partir à 8h05 tapantes pour chopper mon train. Jusqu’ici, je ne l’ai jamais raté.

J’ignore pourquoi je vous raconte ça parce qu’en fait on s’en tape les bambous (et avec un peu de chance ça nous va bien) vu que ce n’est pas du tout de ça que j’ai envie de causer. Enfin si, un peu quand même.

J’ai parfois l’impression que les Parisiens considèrent avec un certain mépris les hordes banlieusardes déversées quotidiennement par les RER dans les entrailles de Panam’. Pourtant, le RER comparé au métro c’est l’aristocratie du rail. La ligne E par exemple, à quelques petits biscuits près, c’est un salon de thé londonien du XVIIIe. Assis, chaque voyageur vaque à ses occupations dans une discrétion d’Eglise. Qui en écoutant de la musique, qui en lisant sa feuille de chou, qui encore en échangeant avec son voisin. Même les gosses semblent ne pas faire partie de ce plan diabolique auquel ont certainement souscrit tous les mouflets de France, et qui consiste à se comporter comme le pire des détraqué afin que les kids-free voient en la vasectomie une sorte de bénédiction libératoire.