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Sans papiers…

| Rubrique Me, myself & aïe !

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Il y a environ une huitaine de jours, la Abuela a cassé sa pipe. Vu qu’elle facturait presque 100 ans, j’ai été aussi surpris qu’à l’annonce des nommés à l’Oscar du meilleur film, d’autant plus qu’elle s’était flingué le col du fémur quelques mois plus tôt et qu’instinctivement, je savais alors que c’était le genre de merde dont les anciens ne se remettent jamais vraiment.
C’est peut-être pour ça que je n’ai pas été triste. Ou peut-être que c’est parce que je ne l’avais pas vu depuis si longtemps qu’elle avait cessé d’être une personne pour se transformer en bon souvenir. Et les souvenirs ont beau s’effilocher à mesure que le temps passe, ils ne trépassent jamais vraiment. Comme la Abuela donc.

J’ai appris son dépôt de bilan par un coup de fil de ma couz’ alors que, tel un hélicoptère Huey au Vietnam, le RER E s’apprêtait à me débarquer dans l’enfer noiséen. Ma cousine crèche outre-Pyrénées et bien qu’on s’aime beaucoup, on ne s’appelle jamais, sauf urgence ou mauvaise nouvelle. Aussi, quand « Who dat » s’est interrompu et que son blaze s’est affiché sur mon iPhone, il ne m’a pas fallu 107 ans pour piger de quoi il en retournait. C’est sans doute pour ça que je n’ai pas répondu tout de suite. Le temps d’intégrer la nouvelle, de passer outre le déni et l’auto-persuasion genre « peut-être que c’est pas ça », etc. Les cinq étapes du deuil en 10 minutes quoi. Une manifestation supplémentaire de mon manque pathologique de patience.

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les gens passent toujours l’arme à gauche pendant la nuit ? Non pas que j’eus préféré apprendre la nouvelle entre deux coups de quenotte dans mon crudité-thon, mais faut admettre que la perspective de se réveiller avec un cadavre sur son répondeur, c’est un peu abrupt.
Peut-être que la nuit les gens confondent plus facilement la mort et le sommeil et qu’ils sont donc plus en confiance pour se laisser embarquer par la grande faucheuse.
J’en sais foutre rien en fait mais ça m’a tellement perturbé qu’en arrivant, j’ai accepté la brochure de la Tour de Garde que m’a tendu un des Témoins de Jéhova qui, jour après jour, font le pied de grue devant la gare de Noisy dans l’espoir de convertir une pauvre âme.

Heureusement, j’ai rapidement remis mes cases dans l’ordre, foutu cette chiasse à sa place (la poubelle, mais ça, vous le saviez) et rappelé ma cousine pour qu’elle me confirme la mauvaise nouvelle. Puis j’ai sonné mon bro’ pour qu’il rentre à la maison afin de prévenir Papa Moustache de vive voix. Le respect, la politesse.

Pourquoi je ne m’y suis pas collé personnellement ? Bah parce qu’il fallait que je m’occupe de mettre mes vieux dans un coucou pour l’Espagne fissa, l’enterrement étant programmé pour le lendemain 15h.

La guerre des voisins

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J’aime mon nouvel appart. Sa douche façon SciFi, son parquet en chêne massif, son dressing, son canapé blanc, l’affiche « Allez tous vous faire enculer »… Non, vraiment So et moi on est bien chez nous.
Mais ce que je préfère, c’est sans doute mon dock 100 watts pour iPod.
Avec ça, je mets du miel dans mes esgourdes et je soigne celles des voisins, soumises aux couinements bollywoodiens des conneries écoutées par les Sri-Lankais du 5e et aux baragouinements raï des quelques Égyptiens de l’immeuble.
Après chaque journée de labeur, je procède donc à de grandes séances d’exorcisme musical à base de ceci, de cela ou encore de ça, tout en sifflant des sodas avec Madame La Vedette.

Mais je vis avec une épée de Damoclès au dessus de la carafe. A tout instant, je m’attends à voir débarquer les keufs en service commandé pour une la mégère sexagénaire de l’immeuble voisin, la Connasse du 72.

Début août, lors de notre premier dimanche de travaux, cette vieille zinzin débarquait en blouse blanche pendant que j’assommais un mur à coups de marteau. Essoufflée comme une asthmatique dans une partouze (alors qu’on habite jamais qu’au 2e hein), elle nous affirmait la voix tremblante qu’il était 10h30 et qu’elle avait besoin de pioncer, rapport qu’elle avait un poste à responsabilités dans un hôpital parisien.
Manque de bol, Papa Moustache, qui usinait dans la pièce d’à côté, la connaissait bien : en vrai, elle faisait occasionnellement (« occasionnellement » étant ici un synonyme pour « au noir », NDA) la caisse pour le taxiphone d’en bas, lequel avait pris ses cliques et ses claques et mis les voiles sans laisser d’adresse.

Diplomate averti et adepte du respect entre les peuples, Papa Moustache l’a mise en fuite en l’assaisonnant d’épithètes. Du coup, quand on a remis ça le week-end suivant, elle nous a envoyé les flics sans autre forme de procès, ce qui est plutôt légitime compte tenu de l’hostilité du contexte.

Comedia dell'arte

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La Abuela, n’a jamais eu le sens de la mesure. Elle a toujours envisagé sa vie comme un mélodrame meryl-streepien où chaque contrariété la rapprochait un peu plus du dernier continent. Pour vous donner une idée, elle se faisait presque un devoir de porter le masque de l’affliction quand on la prenait en photo.

Avec elle, on était en permanence dans une certaine forme d’excès, ce que les Italiens nomment Comedia Dell’Arte.

Quand j’étais ado et que j’allais à la piscine municipale, elle m’accompagnait. Même si je ne savais pas nager et que j’avais le chic pour me fourrer dans les endroits où je n’avais pas pied, c’était un peu la honte de me trimballer une aspirante Pamela Anderson quasi-nonagénaire. Je dis Pammie mais elle était en réalité plus proche de Jeffrey, le majordome de la famille Banks dans le Prince de Bel-Air. Dès que je sortais de l’eau, elle venait à ma rencontre serviette au bras, tel le serveur d’un resto chic qui vous présente une assiette à base de langoustine.

Moi dans l’eau, elle était en mode chien de prairie. Pendant que je barbotais, elle restait là, adossée contre les barrières du bord de la piscine, un œil inquiet, l’autre suppliant. (Pour votre gouverne, l’air suppliant c’est cette tête de faux-cul que font les vioques quand ils veulent quelque chose. Faut pas se laisser attendrir. )

Comme la patience et elle ça fait trois, après un quart d’heure la Abuela finissait toujours par m’enjoindre de sortir avec une fermeté désespérée qui n’aurait pas fait ciller un kid de trois piges. D’ailleurs, je l’envoyais systématiquement vérifier si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. Loin.

Last night I couldn't give you…

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Aller au ciné sans savoir ce qu’on va mirer, c’est comme participer à une soirée échangiste sans capotes : kamikaze. Le truc c’est que quand on vous vend une avant-première surprise, on a plutôt tendance à l’envisager sous les meilleurs auspices. On se dit que ça va être Avatar ou Sherlock Holmes et on oublie qu’il pourrait très bien s’agir d’Arthur et les Minimoys ou de Paranormal Activity

Tiens donc ! Hier soir c’était justement Paranormal Activity. Ou quand le Projet Blair Witch rencontre la Grande Soirée de l’Etrange. Le fauteuil de mémé qui vole contre les murs, les portes qui claquent la nuit et les mille et une façon d’utiliser la vision nocturne n’étant pas exactement des choses qui me passionnent, je suis rentré chez mes parents (apparemment j’ai bien fait. Ou pas).

La caserne parentale c’est comme une boîte gay, l’ambiance n’est jamais la même deux soirs de suite.

C’est ambiance Sarajevo quand Le Christ joue les snipers de la vanne, ambiance Rungis quand le Colonel Maman cause politique, ambiance révolution cubaine lors des accès de crise d’adolescence de ma soeurette. Hier soir, c’était ambiance Kigali avec mes parents dans le rôle des Hutus.

Backdraft

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Samedi midi, le Colonel Maman et ma sista ont été voir du côté de St-Germain si elles y étaient. Le temps d’un chnew à volonté et d’un aprèm’ dans les quartiers chics, le Colonel s’est improvisé garde chiourme de ma sœur et sa BFF. Ce n’est pas du tout le sujet de cette note mais je voulais juste dire que ladite BFF a offert au colonel un triple best-of de Claude François sans raison particulière. C’est quoi le projet, elle a envie de se faire adopter cette gosse ?

De toute façon là n’est pas le sujet alors dossier suivant.
Ma mère n’étant pas là, l’instinct de survie nous a poussé le Christ et moi dans la cuisine pour grailler. Mais à la caserne parentale, se sustenter c’est le parcours du combattant d’un point de vue logistique et spatiale.
Du coup, et alors que je suis un putain de cuisto en temps normal, le roi du risotto même, j’ai réussi à mettre le feu à une poêle en faisant cuire deux steacks hachés à la con.
Comme je suis un gus consciencieux et que je ne voulais pas foutre en l’air le déjeuner de bro’ qui rentrait de la muscu, j’ai éteint cette belle grosse flamme en soufflant dessus.
A vu de museau, je dirais qu’elle s’élevait à une trentaine de centimètres quand même. C’était pas de la flamme de bougie quoi. Et pourtant, j’ai sauvé les steacks. Au delà du ridicule de la situation, faut bien se rendre compte que ce n’est pas la première fois que le feu me brûle les moustaches.