Sans papiers…
| Rubrique Me, myself & aïe !
En cette sainte journée du Vendredi 18 février 2011
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Il y a environ une huitaine de jours, la Abuela a cassé sa pipe. Vu qu’elle facturait presque 100 ans, j’ai été aussi surpris qu’à l’annonce des nommés à l’Oscar du meilleur film, d’autant plus qu’elle s’était flingué le col du fémur quelques mois plus tôt et qu’instinctivement, je savais alors que c’était le genre de merde dont les anciens ne se remettent jamais vraiment.
C’est peut-être pour ça que je n’ai pas été triste. Ou peut-être que c’est parce que je ne l’avais pas vu depuis si longtemps qu’elle avait cessé d’être une personne pour se transformer en bon souvenir. Et les souvenirs ont beau s’effilocher à mesure que le temps passe, ils ne trépassent jamais vraiment. Comme la Abuela donc.
J’ai appris son dépôt de bilan par un coup de fil de ma couz’ alors que, tel un hélicoptère Huey au Vietnam, le RER E s’apprêtait à me débarquer dans l’enfer noiséen. Ma cousine crèche outre-Pyrénées et bien qu’on s’aime beaucoup, on ne s’appelle jamais, sauf urgence ou mauvaise nouvelle. Aussi, quand « Who dat » s’est interrompu et que son blaze s’est affiché sur mon iPhone, il ne m’a pas fallu 107 ans pour piger de quoi il en retournait. C’est sans doute pour ça que je n’ai pas répondu tout de suite. Le temps d’intégrer la nouvelle, de passer outre le déni et l’auto-persuasion genre « peut-être que c’est pas ça », etc. Les cinq étapes du deuil en 10 minutes quoi. Une manifestation supplémentaire de mon manque pathologique de patience.
Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les gens passent toujours l’arme à gauche pendant la nuit ? Non pas que j’eus préféré apprendre la nouvelle entre deux coups de quenotte dans mon crudité-thon, mais faut admettre que la perspective de se réveiller avec un cadavre sur son répondeur, c’est un peu abrupt.
Peut-être que la nuit les gens confondent plus facilement la mort et le sommeil et qu’ils sont donc plus en confiance pour se laisser embarquer par la grande faucheuse.
J’en sais foutre rien en fait mais ça m’a tellement perturbé qu’en arrivant, j’ai accepté la brochure de la Tour de Garde que m’a tendu un des Témoins de Jéhova qui, jour après jour, font le pied de grue devant la gare de Noisy dans l’espoir de convertir une pauvre âme.
Heureusement, j’ai rapidement remis mes cases dans l’ordre, foutu cette chiasse à sa place (la poubelle, mais ça, vous le saviez) et rappelé ma cousine pour qu’elle me confirme la mauvaise nouvelle. Puis j’ai sonné mon bro’ pour qu’il rentre à la maison afin de prévenir Papa Moustache de vive voix. Le respect, la politesse.
Pourquoi je ne m’y suis pas collé personnellement ? Bah parce qu’il fallait que je m’occupe de mettre mes vieux dans un coucou pour l’Espagne fissa, l’enterrement étant programmé pour le lendemain 15h.

