Hommage à Florence
| Rubrique Me, myself & aïe !
En cette sainte journée du Jeudi 14 janvier 2010
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On n’y coupe jamais : tous les jours, notre organisme réclame ses deux pensions alimentaires. On n’est donc pas toujours très regardant à l’heure de bâfrer, surtout le midi. Alors que Noisy-le-Sec est aux restaurants ce que le Boulevard Voltaire est aux jeux-vidéos, je ne vous cache pas qu’il est assez courant que la WebCell aille descendre un Big Mac et quelques frites au McDo du coin.
Le McDo de Noisy, récemment refait à neuf, est un fast-food comme il y en a tant d’autres. Assemblé en périphérie de la ville, il se trouve au bord de la quatre voies menant à Romainville histoire de rentabiliser son McDrive au maximum.
C’est dans cet endroit, aussi chaleureux qu’un orphelinat roumain sous Ceaucescu, qu’usine Florence.
Loin de moi l’intention de nous réunir dans une espèce de grande famille du point commun, mais dans le feuilleton de nos vies, on a tous des figurants comme Florence. Le boulanger, la dame aux chats, l’instituteur du deuxième, le chauffeur du 46, etc.
S’il arrive que certains jouent les guest-stars le temps d’un épisode ou d’une réplique, la plupart ne font que passer. Il n’auront même pas droit à une fiche IMDB Pro.
Mais il en va de la vie comme de la Nouvelle Star, parfois la magie opère et certains figurants deviennent des personnages cultes dont on guette la moindre apparition avec un enthousiasme suspect pour ne pas dire malsain.
Un peu comme Gunther dans Friends.
Notre Gunther à nous, c’est donc Florence. Doyenne du McDo de Noisy-le-Sec, Florence en est aussi le dernier échelon. Pour une entreprise qui se complaît à vanter la puissance de sa promotion interne dans des réclames dégoulinantes d’autosatisfaction, c’est totalement contradictoire.
Alors que le propre du McDo est que chaque employé touche un peu à tout jusqu’à pouvoir enfiler un uniforme d’hôtesse de l’air pour donner des ordres aux petites-mains tout en faisant des McFlurry aux Daims, Florence reste cantonnée au ménage.
Mais croyez-moi, elle met du palpitant à l’ouvrage la bougresse !
Qu’il s’agisse de passer la serpillière, de nettoyer les tables sitôt les clients partis, de vider les poubelles à moitié pleines ou de dégager les plateaux pour en faire Dieu sait quoi, elle fait ça vite et bien. Comme si elle sortait d’un camp d’entraînement portugais d’Al-Qaeda ménage ou qu’elle s’entraînait pour le casting de Confessions intimes.
Si Florence ne goûtera jamais au bonheur intense de jouer à la marchande 4 real, c’est parce qu’elle a un pêché mignon qui mettrait en danger la rationalisation parfaite de la prise de commande made in McDo : la parlote.
Entre deux coups de chiffon et une poubelle vidée, Florence aime faire connaissance avec les clients. Surtout s’ils ont moins de 11 ans. On se demande donc régulièrement si elle n’est pas un peu pédophile sur les bords. Comme on manque d’informations, on va quand même attendre un peu avant de mettre le juge Burgaud sur le coup.
Avec des théories pareilles, vous ne serez pas étonnés d’apprendre qu’elle n’a jamais essayé de tailler le bout de gras avec la fine équipe de la WebCell. Voilà pourquoi j’en suis réduit aujourd’hui à essayer de mettre des mots sur le langage corporel gracieux de Florence. C’est là que je me dis qu’à l’époque du muet, les critiques cinés devaient bien galérer pour décrire le jeu des acteurs.
Florence n’a aucun charisme, le corps d’un lycéen, la ganache d’un Tommy Lee Jones puceau croisé avec une Laurence Parisot neuneu et une démarche d’Aldo Maccione surveillant le jour du Bac. En outre, elle semble se couper les cheveux elle-même mais sans miroir, et elle porte un uniforme réglementaire un poil trop grand. Comme si la direction n’avait pas voulu lui en filer un à sa taille, convaincue qu’elle ne ferait pas long feu dans la boutique.
Mais Florence tient. Semaine après semaine, elle s’obstine à défiler entre les tables, chiffon à la main et sacs poubelle dans la poche arrière de son pantalon, prête à intervenir à la moindre occasion. Cet acharnement à tenir la barre est peut-être la raison de l’exaspération de ses jeunes collègues. Le moindre échange entre l’un d’eux et Florence, toujours insolente parce que sûre de la qualité de son travail, menace de déraper en meurtre.
Quand on va au DoMac, Florence l’hyperactive accapare toute notre attention, nos conversations et nos vannes salopes. Pourtant, dans un élan de bisounourserie qui consternerait Chef, il m’arrive parfois d’avoir un pincement au cœur quand je la regarde récurer le sol ou astiquer des tables avec entrain et conscience professionnelle sous l’œil méprisant, irrité ou moqueur de ses collègues et de la clientèle.
Puis je me reprends. Mais putain, qui je suis pour venir dégueuler ma condescendance d’humaniste hypocrite sur un sol fraîchement javellisé par ce petit soldat du capitalisme ?
Florence n’a pas l’air malheureuse. Non pas qu’elle ait l’air particulièrement happy non plus, mais on devine à son air satisfait qu’elle a l’amour du travail bien fait.
Dans son domaine, Florence est la boss et quand elle vide la poubelle, elle dit clairement « I’m the big dick in charge ».
Mais vous savez pourquoi il n’y a aucune raison d’être malheureux pour Florence ? Parce que de la petite douzaine d’employés du McDo de Moisy-le-Keuss, c’est la seule qui mérite qu’on en parle.
Bisous.
Message perso : sorry CoCo, mais j’ai pas réussi à placer sodomie aujourd’hui.
Tags : florence, mcdo, mcdonald's, noisy-le-sec


Je valide.
Lecteur occasionnel de votre blog, je suis avec attention les chroniques noiséennes parce que je travaille aussi à Noisy. Je valide également votre chronique puisque même si je ne suis pas allé au Mc Do de Noisy depuis quelques mois, je vois parfaitement de qui vous parlez.
Ca ne me serait même pas venu à l’idée de faire un billet sur, par exemple, ma « madame panini » qui est, outre le fait de faire des super panini dans le 7e, la maman de substitution de tous les gosses de riches qui hantent le quartier…
Franchement, je sais pourquoi j’aime tant ce blog. Ecrire tant de signes avec autant de brio sur la fille qui récure le McDo de Noisy force le respect. Je dois déjà l’avoir dit mais whaouh, quoi !
c’est vrai, Michaël a raison
Autant de poésie au service d’une employée du McDo, c’est beau!
très beau !
Très très beau:-D (oui oui, c’est la course à l’echalote) !
[...] chez McDo (à titre informatif, il est inutile de vouloir jouer les chauds juste pour aller visiter Florence, j’ai aucune idée d’où elle a bien pu passer la [...]
[...] pas très regardant lors des entretiens d’embauche. Jamais de la vie ils n’auraient embauché Florence sinon, votre collègue légèrement handicapée qui récure les tables et le sol comme si elle [...]
[...] lit et croyez moi, la boustifaille ne mérite pas qu’on subisse pareils sévices. Le McDo ? Florence ayant cessé d’illuminer de son professionnalisme ce lieu de perdition calorique, je [...]
Elle a disparu la pov miss…